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vendredi 22 août 2014

Tête de Nègre

Mon camarade Bembelly se demande toujours si nègre est une insulte.
Et bien, la question est intéressante, sans rentrer dans le conflit, essayons donc d'y répondre assez simplement, dans la neutralité et surtout avec intelligence:

Retournons aux origines du mot : nègre.
Il est attesté comme qualificatif d'homme de" race noire" et aussi comme" synonyme d'esclave."
Clairement, les origines du mot ne sont guère reluisants, d'autant plus qu'on a emprunté au portugais : le terme, nègre, va en complément du terme, noir, qui lui, est bien français. On rajoute donc un mot dans le français de l'époque pour désigner, soit une autre race...soit un homme noir esclave...ça commence fort.

En tous les cas, il y a volonté dans l'usage de mettre à part de l'homme blanc, du Français de base, cet homme de couleur. Le terme nègre a donc un usage péjoratif qui se voit bien à l'origine, usage péjoratif dont certains se servent encore maintenant.

On retrouve cet usage dans les mots composés qui l'utilisent : parler petit nègre, c'est parler avec un très mauvais français, à la limite du charabia.
Les pâtisseries "têtes de nègres", d'où est tiré mon titre, sont devenues des "têtes de choco". C'est une mousseline très légère d’œufs en neige enrobé de chocolat, on mord dedans très facilement et c'est vraiment très léger, une allusion très subtile au fait qu'on croyait les "nègres" incapable d'intelligence à la mesure de l'homme blanc. D'ailleurs, on a abandonné la nomination, avec raison.

On retrouve aussi l'emploi de nègre dans des publicités assez horribles, quand on y repense, dans les années du bon colonialisme.

Rien de très folichon, donc.

Maintenant, examinons donc l'évolution du terme.
Césaire, Senghor, emploient ce terme dans la "négritude" afin de renverser le sens et de bien prouver justement la valeur de la culture des hommes de couleurs.
On se met à parler d'art nègre afin de qualifier une culture, en se targuant de progressisme, en fait, on parle d'arts des cultures dites primitives...tiens donc, il apparait que cela est quand même litigieux, surtout qu'on peut parler d'Art Africain sans avoir l'emploi de ce terme.
D'ailleurs, ceux dont on parle, ceux qu'on appelait nègres n'apprécient pas du tout l'emploi de ce terme.

En 2006, dans la série Seinfeld, un acteur s'énerve contre un spectateur et le traite de nègre, de nigga. La Ville de New York prend la mesure symbolique d'interdire le terme afin d'éviter le racisme.

Oui mais voilà, comme Senghor et d'autres l'ont employé, comme dans le rap américain on emploie le terme sans côté péjoratif, c'est même un  terme familier, chargé de sens , un défi, ne voilà-t-y pas que certains se disent mais nous aussi on peut le dire, même si on ne l'est pas noir, négro, nigga, nigger...
Ben oui, si ils le disent...

Seulement, ce qu'on dit ne dépend pas de soi mais de qui le dit et comment on le dit, comment l'autre le perçoit.
Un gars ou une nana peut faire de l'humour, de l'autodérision, en se traitant de gros, de naine, de laideron, de nègre, même.
Mais dites-donc de but en blanc à quelqu'un qui se traite de gros qu'il l'est, avec un ton ironique, et bien, ça passe mal, parfois.
Dites à quelqu'un qui est petit que c'est un nain, il est sûr que vous risquez de le froisser.
Tiens, essayez de dire à Mimi Mathy, en la croisant dans la rue:" Eh, la naine!" Je ne suis pas sûre qu'elle n'aura pas l'impression d'être insultée.
Essayez d'aller voir un Africain de l'Ouest en lui disant:" Bonjour, oui, bonjour, le nègre, c'est à vous que je parle", et bien c'est pas comme si vous disiez :" Eh, bonjour, oui, Monsieur, au pantalon bleu, c'est à vous que je parle".

Tout est affaire de sensibilités, et vous pourriez me répondre qu'un Africain de l'Est ( je change d'endroit) , vous le trouvez bien susceptible, quand même. Faut pas faire l'enfant, me rétorquiez-vous.

Faut dire que lorsqu'on essaie de parler à certains, il y en a qui ne se sentent pas du tout concernés par des sujets comme l'esclavage et le colonialisme, à l'origine du terme nègre, de surcroit,  sujets qui sont encore vifs, pourtant, dans notre histoire actuelle.
Faut oublier, disent certains. Encore faudrait-il qu'on en ait assez parlé pour qu'on puisse se permettre le luxe d'oublier...le sujet est encore bien tabou, comme d'ailleurs la Guerre d'Algérie, qu'il faudrait aussi oublier sans qu'on en ait assez parlé. Enfin, parler...
On ne peut pas avoir les rappels mémoriels sélectifs...ce serait trop facile.

Et vous avez aussi le justificatif: mais c'est pas que nous, hein, il y a les autres, heuuuu!!!
Facile de bien entendu pointer du doigt les autres, mais bon, c'est pas là-bas que vivent les Africains "de couleur", c'est ici. Facile de détourner l'attention, comme si le fait que l'autre puisse être aussi dégueulasse rend celui qui s'est comporté de la même manière plus blanc...humour...Tiens, on continue à dire qu'on est blanc comme neige afin de qualifier un comportement correct, voire même plus.
Tiens, c'est assez curieux, si vous aviez une couleur de peau très foncée, qui n'est d'ailleurs même pas noire, en plus, mais qu'on vous qualifie comme tel alors que: avoir des noires pensées, être noir quand on est bourré, etc...c'est franchement pas très sympa, comme expressions, vous aimeriez qu'on vous balance que nègre, c'est pas une insulte?

A méditer.

Liens:
Nouvel obs sur les termes et les sens du mot nègre
CNRTL définition et sens, étymologie et historique
Le  nègre en littérature
Discussion sur l'Art "nègre"
Interdiction de New York sur le terme nègre.

Rappel:
Guerlain et son travail de" nègre."
des publicités racistes dans l'histoire
 le billet de Bembelly

13 commentaires:

  1. Vous mélangez, me semble-t-il, des choses qui n'ont pas grand-chose à voir entre elles. Je laisse de côté toutes ces histoires de noir-nègre-nigger-etc. qui ne m'intéressent aucunement et me concernant encore moins.

    Pour ce qui est des expressions péjoratives utilisant le mot "noir" ou celles appréciatives se servant de "blanc", c'est évidemment totalement déconnecté de la couleur de peau des humains. C'est que, malheureusement pour les Africains, si je puis dire, il se trouve que la nuit a toujours été noire (les ténèbres) et que la nuit a de tous temps été synonyme de peur, de danger, etc. D'où, dans l'iconographie, la couleur du Diable. Par opposition, la lumière est blanche, en même temps que rassurante, propice à la vie, etc. Vous aurez du mal à rayer cela d'un trait de plume…

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    1. C'était juste une digression et quelque chose qui m'a toujours frappé : les Africains de l'Ouest et de l'Est ne sont pas noirs. Ensuite, j'ai glissé vers la sémantique.

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    2. Ah et c'est vrai que l'anglais, c'est une langue qui ne vous intéresse pas. Vous la parlez, d'ailleurs?
      Je retiens le fait qu'effectivement, c'est aux USA, mais c'est quand même intéressant de voir comment ils ont traité le sujet.

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    3. "Par opposition, la lumière est blanche".
      Pas de bol : il existe une lumière noire (physique) !
      Tout comme il existe des nuits blanches. Mais là, je l'avoue, cela relève de la sémantique et/ou de la rhétorique.

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    4. Je ne parle pas l'anglais, non. Je suis, comme disait Mauriac à propos de lui-même, "désespérément monoglotte"…

      Que les Africains ne soient pas "noirs" est une évidence, si on prend le mot en son sens strictement moderne. À ce compte, d'ailleurs, les blancs ne sont pas blancs non plus, ni les jaunes jaunes. Mais il faut prendre ces mots comme des symboles de couleurs, ainsi qu'on le faisait en héraldique, où le rouge (gueules) pouvait désigner aussi bien un orangé qu'un rose foncé, un grenat, etc.

      C'est du reste une façon d'envisager les choses qui a encore plus ou moins cours dans le peuple des campagnes. Je me souviens, il y a une vingtaine d'années, d'un voisin qui appelait l'un de ses amis "le grand noir", lequel était parfaitement blanc. Il m'a fallu quelque temps pour comprendre qu'il le nommait ainsi parce qu'il avait les cheveux très bruns…

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    5. Oui, c'est vrai que les Européens ne sont pas blancs non plus.
      En Suisse, on appelle les femmes aux cheveux bruns "les noiraudes". Cela peut choquer, quand on entend cela comme ça.

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  2. Pas toujours péjoratif...

    - Alors qu’il passait en revue les élèves de Saint-Cyr, le président Mac-Mahon fut informé que le soldat le plus brillant de la promotion était noir ( à Saint-Cyr le mot « nègre » est du reste utilisé depuis lors pour désigner le major de la promotion). Arrivé devant lui, Mac-Mahon lui lança : « Ah, c’est vous, le nègre ? C'est très bien, continuez ! »

    - Dans certaines régions du sud-ouest, le mot « nègre » est couramment utilisé dans le sens de « noir, sombre », sans qu'il s'agisse de personnes ( « Il fait nègre, ce soir; le soleil n'arrive pas à percer »). En fait, le mot « nègre » dérive du latin niger, qui signifie noir; il n'a pris son sens péjoratif qu'aux XVIII et XIX èmes siècles ( « Traiter quelqu'un comme un nègre » , 1704; « Travailler comme un nègre », 1812 )

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    1. Vous vous trompez, mon cher : le mot "nègre" désignait le major de promotion de Saint-Cyr avant la visite de Mac Mahon, lequel n'aurait pas assez stupide pour l'employer sans cela.

      D'autre part, est-il bien certain que l'expression "travailler comme un nègre" soit péjorative, dans la mesure où elle désigne quelqu'un de dur à la tâche, travaillant beaucoup ?

      (Dites, Madame Rosa, en quel honneur avez-vous censuré mon précédent commentaire ?)

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    2. J'ai juste des commentaires qui ne sont pas publiés de suite car il faut prendre le temps d'y répondre convenablement.
      Au moins, il y a un débat intéressant sur le sujet.
      Et même argumenté.

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  3. "Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels ou dirigeants français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur " les noirs ", africains ou antillais. Les récentes saillies négrophobes d'Hélène Carrère d'Encausse, Alain Finkielkraut ou Nicolas Sarkozy ne sont pas de malheureux dérapages mais la continuité désolante de préjugés nourris depuis quatre siècles. Qui, en France, sait que Saint-Simon, Bossuet, Montesquieu ou Voltaire ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses ? Que Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer ou encore le général De Gaulle leur ont emboîté le pas ? Le pays des Lumières et des Droits de l'homme n'aime pas se voir en ce miroir-là. Odile Tobner révèle que la négrophobie fait pourtant partie de notre héritage. Il est temps de décoloniser les esprits. Enfin."
    Quatrième de couverture de. "Du racisme français" Odile Tobner (Editions "Les Arènes" 2007)

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    1. Je suis assez d'accord. Il faut en parler.
      Encore une fois, c'est facile de parler quand on ne vit pas la chose comme sujet.

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  4. Un bon billet, de très bons commentaires de la part de tous en dépit des divergences de vue. Aussi, je vais m'incliner devant une si belle passe d'armes.

    Rosa, Messieurs, Faites...

    Merci.

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    1. Oui, je trouve qu'on arrive ici à dialoguer en respectant les vues de tous, même les plus éloignées de nos idées.
      De rien ;)

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