Utopie

L'utopie n'est pas un luxe, c'est une nécessité.

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dimanche 6 janvier 2013

L'Art est engagé, surtout Anonymous

Je reproduis ici des extraits de la page Facebook Anonymous Art of Revolution, ainsi que des photos et oeuvres d'Art diffusées sur ladite page: 

Une de celles-ci est dédié à un ami, qui la fera sans doute sourire...Il a beaucoup d'humour.
Personnellement, j'adore!







  

mercredi 3 octobre 2012

Corporatisme du corps enseignant

Ce week-end, à la suite d'un échange sur Twitter, une personne que je croyais sincère, très sympa et intéressante m'a bloquée.
L'unfollow sur Twitter est irrationnelle: je me suis posée des questions dessus et il n'y a pas en fait de raison réelle. Entre ceux qui suivent et larguent juste pour gagner des followers vite fait, d'autres qui bloquent on ne sait pas pourquoi, qui cadenassent leur compte d'un coup...et puis il y a les malentendus et les échanges qui peuvent dégénérer.

Au départ, on parlait des récentes affaires de violence faites sur des enseignants et de l'administration par des enfants ou des parents d'élèves.

Je pense sincèrement que notre société engendre cette violence et j'en prenais pour témoin justement les échanges virtuels qui dégénèrent trop souvent.

Puis j'ai osé parler des manques de respect, des abus de pouvoir dans l’Éducation Nationale, et pire...des mauvais professeurs, de la dictature des programmes dont on ne doit pas déroger, même si ils sont mauvais pour l'élève...

Les programmes:


Ces fameux programmes issus de l’Éducation Nationale, d'un ministère dont les cadres ne changent pas selon les changements de gouvernement, des hauts fonctionnaires indéboulonnables qui n'ont souvent jamais été en contact avec un élève de leur carrière...
Ces fameux programmes censés donner aux jeunes les acquis nécessaires à l'obtention d'un diplôme, qui doit aboutir sur une formation et un travail...
Ils sont donc appliqués dès tout petit.
Cela donne l'aberration de la méthode globale obligatoire: pour ceux qui ne sont pas parents, c'est apprendre à lire sans passer par le b.a=ba, on montre le mot maison sans le décortiquer et l'enfant, qui doit être un surdoué, apprend globalement le mot.
Cela donne un niveau d'orthographe catastrophique: on pénalise maintenant une copie à plus de 15 fautes...c'est dire.

Mais il y a aussi  le programme qui est en lien direct avec l'examen final. Là aussi il y a en plus des circulaires, des directives, qui ordonnent à l'enseignant de donner des cours selon la méthode officielle.
Sinon, il y a pénalisation  dans la notation et donc dans l'avancement au"mérite"...je l'ai constaté dans mon expérience de fille de professeurs et dans ma carrière éphémère dans l’Éducation Nationale. L'avancement au mérite est conditionné à l'obéissance à la hiérarchie  et pas forcément aux résultats. Je précise: tous les administratifs ne sont pas des bœufs: il peut y avoir de bons Inspecteurs(ceux qui notent le prof) et de bons recteurs.
Toujours est-il que j'ai posé la question 3 fois à ce contact Twitter qui se dit enseignant: pourquoi doit-on suivre le programme? Aucune réponse.
Je vais donc répondre: quand on est dans une filière diplômante, on doit en tenir compte afin que le candidat soit préparé au maximum.
Mais dans les autres cas...une bizarrerie administrative dont les mauvais profs ont du mal à se sortir...
J'ai observé des enseignants : il y a ceux qui préparent leurs cours chaque année et passent du temps pour les renouveler et ceux qui ne changent rien, qui ânonnent la même chose durant des années sauf quand le programme bouge...on le sait tous.
Chaque membre de l'équipe pédagogique connaît exactement qui est un prof calamiteux en terme d'enseignement et de discipline. C'est un petit microcosme. Une société fermée qui fonctionne en vase clos. Il n'est pas rare aussi que certains se moquent des élèves en difficulté et que la vie privée des familles soit vite partagée dans une salle de classe si un parent explique ses difficultés...

J'ai posé la question à ma relation twitter: pourquoi vous ne vous battez pas contre les mauvais profs, car on sait tous que les enseignants de qualité existent? J'ai été de suite classée dans la catégorie parents aigris. On m'a dit hypocritement: qui on est, pour juger qui est bon ou mauvais...on ne m'a pas répondu clairement. On s'est fâché. Corporatisme, m'a répondu une amie à qui j'ai parlé de l'incident ensuite...
Les profs sont corporatistes...
Je ne sais pas: dans l'hôtellerie, les gens sont corporatistes mais quand il y a des brebis galeuses, ils font le ménage vite fait et pourtant il y a une éthique et des soutiens mutuels, une émulation forte...ok, c'est le privé.
Mais quand on ne fait pas bouger de l'intérieur et qu'on défend sa profession en bloc, il ne faut pas s'attendre à ce qu'on fasse la différence entre les bons et les mauvais...

En 5ème, une professeur d'histoire a dit à ma fille que tous les immeubles modernes en Afrique dataient de la colonisation et que depuis ce temps, rien n'avait changé...
En 4ème, il a fallu acheter Les Misérables version allégée pour qu'elle l'étudie...
Si nous n'avions pas été derrière la scolarité de nos enfants, j'ose pas imaginer la catastrophe et tous les parents responsables savent cela. Mais d'autres n'ont pas les moyens de pallier les manques de l'École...je suis d'autant plus admirative devant des gosses dont les parents sont illettrés en français et qui font de hautes études.
En primaire, on nous a accusé de faire lire à notre fils des ouvrages "hors programme"...il ne fallait pas lui faire lire Jules Verne, Hugo, Stevenson, Dickens, Kessel etc...c'était pas bien, selon l' école. Il aurait fallu qu'on les consulte.
Laissez faire et vous aurez vite intrusion dans votre vie: suspicion de problèmes psychologiques si l'enfant a une personnalité originale et riche, si l'enseignant manque de discipline et ne sait pas tenir le gamin, si il y a manque de respect par peur du chahut dans une classe qui engendre une réaction négative etc...
Bien sûr qu'il y a des gens super à l'École: je tiens à rendre hommage au CPE du collège de mes enfants et à leurs directeurs, par exemple et certains professeurs et instits.

Mais la violence a l'école est aussi intrinsèque au système lui-même, qui se superpose à la violence de toute notre société.

Pour en finir avec la discussion sur Twitter, la personne qui a réagi aussi agressivement, ne supportant pas un débat un peu dérangeant, m'a insultée deux fois dans les échanges. Puis elle m'a bloquée à la suite d'un délire entre potes en fouillant dans mon fil perso.
Comme mon amie @laboulette55 me l'a fait remarqué, cela fait peur qu'une enseignante devienne hystérique aussi vite alors qu'elle a en charge des gosses...

Une chose aussi m'a frappé: cette personne m'avait plue par ses idées progressistes et ouvertes...très proche de l'altermondialisme...pourtant elle m'a décrit avec dégoût des situations ou les parents étaient au RSA, alcooliques, avec des petites terreurs(proche de la racaille, cela)...et avait nié le fait que des parents bourgeois délégués puissent avoir un petit caïd comme fils...un gamin qui dérive parce qu'il a des problèmes sociaux, on peut lui trouver des excuses, oui. Un fils à Papa qui a tout ce qu'il veut, c'est un peu plus dur, surtout quand en plus on se définit comme très à gauche...ou gauche réac, alors?
Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Pour en revenir à cette anecdote, je ne donnerai pas le pseudo de cette personne.
Car en plus, il est possible que ceci ne soit qu'un malentendu et je ne ferme la porte que pour plus grave que cela.
Et puis, cet article n'est pas là pour lui nuire mais pour s'interroger un peu sur ce dinosaure qu'est l’Éducation Nationale qui ne compte pas que des feignants, des ratés, des caricatures, loin de là mais dont on peine depuis des années à changer le système...
Pour exemple: les étudiants roumains en math sont loin devant les nôtres...
Cela mérite des interrogations et un dialogue entre tous ceux qui sont concernés par ce qui est quand même le centre: l'enfant.
Et nous, les parents sommes essentiels, nous déléguons notre autorité à l'école, nous sommes là pour appuyer et sanctionner si besoin, car cela ne peut passer que par nous. S'il n'y a pas dialogue et concertation avec l'équipe pédagogique, l'autorité de celle-ci ne peut être légitime aux yeux de l'enfant. Cela commence donc par un respect mutuel des compétences des uns et des autres pour la réussite de nos gamins.
C'est du moins ma conviction profonde.
 

mercredi 19 septembre 2012

Nos jours sont plus beaux que leurs Nuits



Lorsque je regarde le ciel empli de bleu, j’entends les oiseaux, je respire l'air doux de ma campagne, je suis heureuse de savourer ce moment.
Lorsqu'il pleut, que le sol est mouillé et que le son des gouttes d'eau se répercute, que la terre,le lac et le végétal communiquent leurs odeurs vertes et basiques, que les nuages passent dans un tableau vivant, je remercie le ciel d'être en vie, et je me dis :quelle belle journée.,,
Au bord du lac, les vagues respirent, les couleurs se mélangent, les oiseaux bougent, les galets sculptent de leur rondeur les forces qui les ont arrondies. On sent sous les pieds cette terre qui s'est vue  foulée par tant d'autres pieds d'hommes avant nous et qui en verra d'autres bien après notre passage.
 Le Léman nous ramène à ce que nous sommes: des bouts d'âmes qui passent sur ses rives. Il a existé dans un temps sans humanité et il peut se passer de nous.
Ce sont nous les intrus. Mais c'est lui qui nous tolère souvent et parfois nous adopte. Il ne fait aucune différence entre les hommes et les femmes... Il est égal, pourvu qu'on l'aime.

Sortir dehors et avoir envie juste de sourire, d'être heureux. Avoir envie de partager, de communiquer. Dire des mots aimables, sans arrière-pensée. On ne calcule pas avec qui on parle, avec qui on se lie. C'est la base de la générosité.

Je sais que certains pensent me connaitre et que d'autres ont du mal à me cerner. Toujours est-il qu'il y a une chose dont je peux être fière: de toute ma vie je n'ai  jamais fait du mal à quelqu'un consciemment qui ne m'ait rien fait. Parce que je suis comme cela. J'ai appris à me défendre par nécessité car l'autre n'est pas toujours aussi bien disposé. Tendre l'autre joue, cela ne marche pas. J'ai appris à me battre pour mes idées, mes principes.
Je suis généreuse par tempérament, parfois excessive, touchée par le malheur de l'autre, sans distinction de quoi que ce soit.

La générosité ne se calcule pas. On ne peut pas être sélectivement gentil, réserver son cœur à une couleur de peau. Quand on va vers les gens, spontanément, on parle avec tous et on les respecte pareil car à-priori, ils ne vous ont rien fait.
Et nous sommes nombreux dans ce style. Je sais que je ne suis pas une exception.
C'est pas si compliqué à comprendre.

Cela s'appelle être vraiment sociable.

Ceux qui ne pensent pas ainsi, j'ai mis du temps à les comprendre. À expliquer. Chez moi, cela ne veut pas dire excuser. C'est un simple constat.
Parfois, il arrive que des gens vraiment bons deviennent misanthropes à force d'avoir été blessés mais on sent quand même leur chaleur humaine. C'est assez rare. Ce sont en général des personnes hypersensibles, souvent des hommes, d'ailleurs, comme quoi les idées reçues... J'ai rencontré plus d'écorchés vifs au masculin que féminin.

Mais il y a  ceux qui ne voient pas la beauté du  monde qui les entoure, qui cherchent la nuit au milieu du jour, qui se créent des ennemis, qui guettent le problème, qui critiquent non pas afin d'améliorer ce qu'ils voient mais par pur envie de salir. Il y a ceux qui voient le mal avant de voir les bonnes choses.
Que voient-ils lorsqu'ils croisent une silhouette dans leur errance? D'abord repérer si l'inconnu est "respectable", est "convenable" avant de lui signaler sa présence? Analyser la silhouette, l'origine ethnique? Aie...
Mais de cette vie-là, on n'en voudrait pas pour rien au monde...
Posez-vous la question: avez-vous vu ou lu dans certains blogs xénophobes une invitation réelle au bonheur, à la douceur de vivre, au plaisir simple d'être ensemble? Avez-vous lu un élan désintéresse vers l'autre? Autre chose que des réflexions aigries, une tentative d'humour à l'acide qui tend à blesser quelqu'un? J'ai toujours lu des calculs, des comparaisons, une opposition, et aussi subtilement du venin se glissant derrières des bonne paroles convenues...j'ai lu cela. De la chaleur humaine, pas franchement.
Qu'est-ce que cela doit être fatigant, à la longue, de vivre ainsi...

On peut me traiter d'idéaliste, c'est vrai, essayer de me dire irréaliste. Oui mais toutes les grandes choses dans le monde se sont faites à plusieurs, sans regarder qui était susceptible d'être là ou pas. On n'a pas fait passer un examen de conduite aux Américains pendant les deux guerres. On n'a pas demandé son pedigree aux sans-culottes: cela a même été le contraire. Les premiers chrétiens étaient des laissés pour compte.
Le Sutra du Lotus dit que de la fange  putride des marais nait la fleur la plus pure.
Hier, il y avait la retransmission des 30 ans de carrière de Michael Jackson sur France O. J'ai regardé le public vibrer au son du King of The Pop. Les gens étaient beaux, mélangés, heureux simplement d'écouter sa musique. Un vrai bonheur de filmer tous ces visages et de les montrer.
Si la haine n'a pas de visage, l'amour les a tous.
Et je me suis dit que nous sommes nombreux à profiter de la vie, pas parce qu'on est riche ou socialement avantagé mais parce qu'on aime notre Terre, notre Monde, notre vie...et qu'on ne calcule pas...la vie est elle-même un cadeau...

Je ne voudrais pas être à la place des autres aigris, racistes, sélectifs dans le mauvais sens, calculateurs, toujours à voir le mal partout, prompts à condamner, à faire de leurs journées des crépuscules embrumés noircis...

Oui, j'aime le monde dans lequel je vis, j'aime ses beautés, j'y apprécie toutes ses richesses, comme d'autres comme moi...beaucoup d'autres...

Je n'aimerais pas vivre dans la peau d'un xénophobe ostraciste, non.

Cela fait plusieurs fois que je me fais cette réflexion: je suis heureuse d'être comme je suis, mon semblable n'est pas forcément un agresseur.

Oui, nos jours sont plus beaux que leurs nuits, nos rêves ne sont pas leurs cauchemars éveillés, tous ces ayatollah de la pensée, tous ces extrêmes...
A presque 20% de vote, bien entendu, on sait de quels fanatiques je parle ici, en France.
Mais il y a tous les autres.Et je n'ai pas envie de croiser dans chaque passant un ennemi potentiel. Et nous avons l'avantage car nos journées sont bien plus belles et heureuses. Et lorsque nous nous battons pour préserver notre douceur de vivre, nous n'avons pas la détestation de l'autre comme seul argument à notre médiocrité.

Laissons-les donc à leurs cauchemars éveillés peuplés d'ombres blafardes et brunes...
Notre Soleil est bien plus puissant. Mais pourtant, il brille pour tous de la même manière...

mercredi 5 septembre 2012

Monstres, par Pierre M.

 Une contribution de mon ami Pierre, pour le plaisir:
Illustrations (René Magritte)


Monstres…

« C’est quand l’homme parle de lui-même
Qu’il est le moins crédible ; donnez-lui un masque
Et il vous dira la vérité ! »
Oscar Wilde

D’ordinaire, les ténèbres d’une tanière conviennent parfaitement à ton existence
recluse de monstre sauvage et hargneux…
Mais c’est uniquement à l’ombre de nos épouvantes et de nos effrois que s’aiguise
patiemment ta fringale de lumière.
Apprenti sorcier ou sauveur providentiel, est-ce uniquement malchance si quelque
part, quelqu’un entrebâille trop souvent la nuit de tes cauchemars ?

N’empêche, mon cher Monstre, nous voilà encore une fois rassemblés autour de toi,
plaintifs, oublieux de toute menace…
Empressés à te bourrer ras-la gueule de nos grands maux, misères et autres
jalousies refoulées, jusqu’à pleine bave de tes crocs.
Evidemment, notre ignorance crasse suffira ensuite à étancher goulûment ta soif,
notre soif, au goût déjà écoeurant de rancunes et de revanches…
Cher, très cher Monstre, nous te sommes tellement redevables et si peu
reconnaissants !
Qui, sans jamais renâcler, risque sa vieille carcasse pour la sale besogne, sème
le trouble et l’émoi sur les bancs d’école, pique d’énormes colères bleues à la une
des journaux télévisés et se permet encore de jouer les gros bras sournois dans les
gentils contes du soir ?
Toi, seul, petit monstre !

Et pendant ce temps, nous, braves citoyens innocents, prenons grand soin de garder
nos mains propres et aussi nettes que celles d’un Ponce Pilate…
Car à l’évidence, c’est toujours la faute d’un dictateur halluciné, d’un libérateur
sanglant, de l’Ogre obscène ou d’un loup féroce ! A moins que cela ne soit celle de
l’imprécateur du coin ou de notre malfaisant de voisin si, d’alertes en agonies, la
chevillette du malheur s’affole et grelotte sans cesse de nos humbles chaumières
jusqu’aux caves sombres de nos cités.
Pauvres de nous ! Nous ne sommes jamais au courant de rien ni d’autre chose
d’ailleurs…
Pourtant, n’en faisons-nous pas un peu trop ?
Ce qui bruisse ou se trame, là-bas, au-delà de notre chez soi douillet, est-ce
véritablement le moment bien choisi d’en faire tout un drame ?

N’avons-nous pas assez de nos moutons à tondre, tant de rêves à déplumer, de
soleils insolents à voiler, tellement de fêtes à réjouir et de coffres à rassurer ?
Pourquoi se perdre alors, à se mêler des affaires des autres ?

Et pourtant…
Ces enfants juifs d’avant-hier, t’en souviens-tu ?
Ils étaient de chez nous et nous vivions près d’eux, n’est-ce pas ?
Nous tous, là, sous nos paupières lisses, nous les avions tellement côtoyés,
regardés aller, venir, courir, trébucher, se relever, marcher, partir et ne plus revenir,
c’est bien cela ?
Qui a vraiment cru, sérieusement, qu’on les leur offrait fraîches et joyeuses, leurs
vacances, dans nos wagons plombés ?
Qui commandait notre police, casques noirs et luisants de France, à la rafle brutale
d’un petit matin de janvier, dans les Vieux quartiers de Marseille, jetant ces petites
gens hors de leurs foyers, réveillant, exhortant le marmot de cinq ans que j’étais, à
nouer son baluchon avec les autres, devant sa mère en pleurs ?
Débusqués, chassés, exclus sans pourquoi ni raison !
Plus tard, au clairon allemand, s’évanouirent des pans entiers de nos maisons
volatilisées dans la poussière de notre enfance explosée…
Quel hasard vert de gris et qui veillait par là en service commandé, remarqua
sèchement sur le laissez-passer de mon père, brinquebalant son charreton résigné,
que nous n’étions pas juifs ?
Sur les trottoirs de ma mémoire, avaient-ils seulement eu le temps de jouer une
dernière fois aux billes, mes copains disparus que la crainte et le mutisme général
conduisirent tout droit vers les camps ?
Pour quel ciel beuglant, Monstre, leur étoile d’or ?
Combien de Justes pour leur tendre la main ?
Qui oserait à
présent me persuader que personne ne savait et que c’était les autres et que l’oubli
se fasse et le pardon ?
Pour quelles âmes mortes ?
Combien de petits pères Papon tissent actuellement la toile discrète d’une carrière
exemplaire, toujours prêts au premier glas de l’heure blême, à n’importe quel devoir
servile et tatillon, le doigt dignement posé sur la couture de la bonne conscience du
malheur ?
Pas toi, bien sûr…
Sans doute, sans doute, mais lui ? Et l’autre, là ?

Et pourtant…
Ces enfants des pierres, palestiniens d’aujourd’hui, écrasés de gravats, d’injures et
de mitraille, au nom de quelle arrogante volonté crèvent-ils, parqués depuis soixante
ans sous nos yeux, interdits de rires, de jeux et de pain, meurtris, fusillés, bombardés
à longueur de soleils, victimes de notre silence et de notre lâcheté, sur la terre de
leurs pères, barbelée d’exil ?

Pour quels lieux hautement sanctifiés, cette couleur atroce du cri des mères, pendant
que d’autres petits bonheurs espiègles n’en finissent pas d’ensanglanter et d’implorer
affreusement les deux côtés d’un mur de la honte ?
Qui saura un jour museler les canons, saisir à la gorge tous ces bâtards de guerre
pour les traîner à genoux, aux champs des larmes ?
Peut-on encore même s’imaginer, comme d’une caresse tendre, le verdoiement
renaissant d’une chevelure d’olivier, un seul jaillissement d’eau claire d’un puits
comblé par des ruines ?
Où sont les Justes pour cette Palestine promise aux uns, arrachée aux autres,
ouverte à tous ?
Il n’y a de peuple élu que par la paix, le respect qui lui est dû et qu’il doit pareillement
à la dignité de ses voisins !
Rien d’autre… Rien !

Et pourtant…
Après des nuits et des nuits assourdissantes d’alarmes et de destructions, sous la
morne indifférence des étoiles, pourquoi les enfants survivants de Bagdad subirent-
ils ensuite tant de privations ? Au nom de quels marchandages honteux
et pour quels profits ?
Qui se souvient de l’hallucinante apothéose de ces prodigieux tapis volants aux mille
et une gerbes incendiaires, métamorphosant en torches étranges et vives les bons
génies de leurs songes ?
Pour quel Veau d’or impudent, cet ignoble sacrifice, mon cher Monstre ?

Et pourtant, encore, hier et toujours aux quatre coins jolis de la planète, partout cette
enfance comme une insulte, vendue, battue, violée, prostituée, affamée, exploitée,
embrigadée, martyrisée, saccagée…

Monstre, très cher Monstre, tout cela, dis-moi, est-ce un peu par toi ou beaucoup par
nous ?
Pour nous aussi, n’est-ce pas, nous tous, maintenant et à l’heure de notre vie et de
notre confort ?
Ainsi soit-il ?
Pour la gloire de quels prophètes hideux, de quels dieux hilares ?
Quel Joueur de Flûte, miséricordieux et vengeur, reviendra tranquillement, un soir,
de sa montagne légendaire pour laver doucement tous ces chagrins et proférer la
terrible malédiction :
- « Allons, les mioches, allons ! Vite, partons ! Ne vous retournez pas ! Que les
rats, désormais, emportent tous ces fous ! »     
Monstre, petit monstre, rassure-moi, je t’en prie, ces bras croisés, ces regards
fuyants, ces lèvres closes au crachat de l’aube, c’était toi, le monstre, pas nous,
n’est-ce pas, seulement toi ?
Dis-moi ?

Combien de temps à brasser ce vent mauvais, ces paroles vaines, taire à nos
propres fils l’aumône mauvaise que nous jetons du bout de nos ongles à leurs frères
et à leurs sœurs d’ici et d’ailleurs ?
Sanglés, casqués, enturbannés, barbus, glabres ou cravatés, heureusement qu’ils
sont là, mon cher Monstre, tes preux salopards de l’Apocalypse pour endosser
à notre place, cette entière responsabilité collective devant le grand Tribunal de
l’Histoire !
Car sans nous, affreux dragons, sans nos convoitises, nos pleurnicheries, nos
chienneries, vous n’auriez rien eu à vous mettre sous la dent !
Rien, pas même un pet de nonne !
Jappez, jappez, misérables chiens de paille !
Et dire qu’il nous aurait suffit de vous étriller, de vous rosser proprement une fois
pour toutes, (oh, juste ce qu’il faut…) avant de vous effacer pour de bon de notre
ligne de vie et d’horizon ! Avant, bien avant…
Aboyeurs tristes de la nuit, qu’avons-nous fait à vous gaver des restes aigres de nos
égoïsmes forcenés ?
Comment avons-nous pu, si piteusement, vous regarder défiler, parader, pointant
fièrement votre menton, haranguer des foules furieuses ou soumises, promettre,
jurer et mentir, enfler et grandir avec vos bottes éculées, vos oripeaux puants de
vieille garde, votre compassion geignarde, vos sales petites griffes dans le dos et vos
grises mines des sept douleurs ?
Jusqu’à quand, allons-nous, sans réagir, nous laisser distiller, goutte à goutte, ce
venin de la désespérance ?

Cher, très cher Monstre, parce que nous t’avons d’abord craintivement apprivoisé
mais fort bien dressé à ruminer notre orgueil, vomir notre mépris, crachouiller notre
rancune, parce qu’avec nos piètres excuses et nos prières crocodiles, nous t’avons
mis le pied à l’étrier, le mors aux dents, la main à la pâte et la terreur au poing, il va
bien falloir, malgré tout, qu’on se décide à te haïr de toutes nos forces parce que tu
es tout à fait capable, sans aucune vergogne et pour ton seul bon plaisir, de dépecer
délicatement le bras même de ceux qui t’ont nourri et câliné…
Nous tremblons, nous supplions, nous invoquons…
Hélas, plus de bon Samaritain pour éclairer notre route, ni de sœur Anne en
sentinelle ni de chevalier blanc à la rescousse !
Pas même une de ces bonnes vieilles fées joufflues à lunettes pour nous réconforter,
prendre notre main, éclairer nos cauchemars…
Il y a belle lurette que la loupiote de ces malheureuses claque des dents dans nos
placards à chimères …
Pour les Judas de l’Espoir, quelle baguette magique ?

Monstre, abominable monstre !
Parce que toute aventure se termine et que de temps en temps, il est naturel
qu’un des méchants périsse, il nous faudra donc te poursuivre jusque sous la sale

poussière grise des livres d’Histoire pour te sacrifier sans aucun remords, ni oublier
de te renier solennellement- promis juré- afin de nous absoudre devant l’autel de la
sagesse des hommes civilisés.
Tu étais devenu ce monstre infréquentable que nous avions enfanté et qu’il était déjà
beaucoup trop tard pour réparer ce mal que la mémoire oublieuse des hommes aide
toujours à se reconstruire…
La seule et véritable question qui se pose maintenant, n’est pas de savoir si l’Ogre
vociférant aura faim de nouveau…
A vivre à même l’ordure et l’infamie, un monstre n’est jamais rassasié !
Ce qu’il nous importe de connaître, c’est le moment inéluctable que choisira sa rage
héréditaire de brute ignare et têtue pour nous contraindre, une fois encore, à mugir
éperdument avec lui, notre haine et notre hargne maladives toujours renouvelées…
Et tout recommencera…

Alors, pour tous les enfants à venir, bouillonnants de vie, d’impatiences et de rêves,
ne croyez-vous pas qu’il serait peut-être temps d’essayer autre chose ?
Quelques uns d’entre-nous, ne devraient-ils pas se décider, un de ces quatre, à
reprendre le chemin de la forêt de notre enfance, suivre un à un les menus cailloux
blancs de l’espérance, retrouver Poucet et sa bande et les prévenir, en douce, que
l’Ogre, ce vieux salaud voleur d’avenir, fera inévitablement semblant de mourir
jusqu’à la fin des temps dans la puanteur de son gouffre tant « que sera chaud et
fécond le ventre de la Bête immonde ».

Pierre Mangiavillano.
Marseille .23-02-03 – 14 août 2009 (in «La voleuse de Noël- petits contes nus pour fée d’hiver » inédit).

A l’occasion de la Commémoration de la destruction des quartiers du Vieux port de Marseille 23 janvier 1943

lundi 20 août 2012

Messages sur une palissade


C'est en plein milieu d'un petit village sur la frontière, sur la palissade de chantier, une personne a écrit des dizaines de mots comme ceux-ci. Vous constaterez que sur la première photo, on a la réponse d'un troll, là aussi...

mardi 24 juillet 2012

Recherche Exception Culturelle Désespérément

Il y en a qui vont être rassurés, je ne suis pas spécialiste en informatique, je me débrouille, comme on dit.
Internet est un outil formidable mais d'un poussif grave quand il s'agit d'avoir accès à la culture française de façon vérifiée et certifiée.
Oui, me diriez-vous, il y a les bénévoles et bien sûr Wikipédia...les sites de passionnés et les forums.
Alors pourquoi on se plaindrait?

Prenez l'exemple d'une envie que vous auriez de visionner un vieux film libre de droits tombé dans le domaine public ou d'avoir accès à une banque de données sur l'Histoire que vous pouvez trouver en vous rendant dans n'importe quelle bibliothèque universitaire...

Voilà ce qu'on trouve sur le site de l'INA:
 Un exemple parmi tant d'autres...


Voilà la banque de donnée de la BNF, bibliothèque numérique de France en libre accès: on trouve des sites anglais, suisses, canadiens et juste un français perdu au milieu qui a un intérêt limité pour le pékin moyen...Je vous laisse juge de la qualité du site à l'heure du web interactif...
Je recherchais aussi un florilège de la poésie Française, je vais sur le Ministère des Affaires étrangères: voilà ce que j'ai trouvé ci-dessus...
Je vais sur l'Institut Français et je vois la Princesse de Montpensier à visionner de Bertrand Tavernier, je me dis chouette...Je clique et je trouve la boite de dialogue suivante ci-dessus...on me dit gentiment que n'étant pas un organisme français à l'étranger, j'ai droit à rien...

Et là, je me dis que j'en ai ras-le-bol de l'exception culturelle à la Française, qui n'a pas l'air de franchement être pris au sérieux depuis des années, on va dire 10 ans minimum...Je me dis que je m'en tape des sermons sur ne pas télécharger illégalement, moi j'agis de façon honnête parce que ma conscience me le dit et non pas par peur...

Et que les 12 millions que coûte le dispositif Hadopi par an, si on les mettait dans un vrai portail culturel et historique du Ministère de la Culture ou de l'Enseignement...et qu'on laissait les industries du disque, des films etc...se démerder avec leurs problèmes de téléchargement illégal car ce n'est pas à nous de payer pour des pirates malhonnêtes dont nous ne sommes pas alors qu'on peut facilement investir dans des programmes destinés à bloquer les téléchargements et autoriser la vision seule...
Un système de peer to peer promis par Hollande avant que Fleur Péllerin se charge du numérique se fait vraiment attendre...

Bref, je me fous de ce que ça couterait...et après il y en a qui parlent de la défense de notre culture...ils sont où, ces gens-là? Ceux qui pourraient pourtant être les plus fervents défenseurs de la pérennité de notre culture...si on les écoute...c'est vrai ça, où sont-ils?




dimanche 22 juillet 2012

Deneuve et YSL: deux légendes d'une certaine idée de la Femme


Rien de tel que de se relaxer et de rester zen un dimanche après-midi.
C'est la raison pour laquelle Melclalex et son idée de billet sur l'art et les icônes, légendes et personnes célèbres qu'on apprécie m'ont de suite apparus comme une superbe idée.

C'est vrai que comme Elooooody, j'ai pêché par excès de références.
Qui mettre?
Modigliani, Matisse, Dali, Bergman, Lionel Richie, Bob Marley, Adjani, Sean Penn...

Oui, il y en avait trop...

Velasquez, Vinci, Louis Jouvet, Sacha Guitry, Sarah Bernard, etc...

Puis, hier, j'ai eu l'idée de parler de Deneuve, pour moi la Référence en matière de talent, de beauté et d'élégance à la Française.
Bouleversante dans Belle de jour, inquiétante dans Répulsion, sublime dans le Dernier Métro, dramatiquement splendide dans Indochine, c'est une actrice magnifique.
kievglam.com

C'est aussi une femme libre qui a toujours voulu vivre comme une femme moderne, dont la timidité était assimilée à de la froideur, et que je respecte énormément.

Elle a toujours été une des meilleures égéries d'Yves Saint Laurent et de sa marque.

Saint Laurent: un génie de la Haute Couture, celui qui a imposé le tailleur pantalon, la petite robe noire, qui a vraiment libéré le corps de la Femme dans les années 60 et qui nous aimait au point de nous comprendre un peu, nous, les femmes, si fantasques et si libres...
Saint Laurent : on a tous un peu de lui dans nos vêtements, notre allure, même si on a pas toutes les moyens d'en avoir dans notre garde-robe.
Un homme libre et sincère, quelqu'un qui a sublimé tout ce qu'il touchait.
tous droits réservés
Et Deneuve en Saint Laurent, c'est quelque chose...

'ai débarqué à 22 ans rue Spontini, où il était alors installé. C'était fin 1965, et j'avais découpé dans ELLE la photo d'une robe de la collection de la saison précédente. Ça a amusé tout le monde, qu'une fille aussi jeune, presque inconnue, se paie une robe de haute couture et, de surcroît, un modèle qui avait déjà près d'un an. C'était un long fourreau de crêpe blanc, avec un plastron brodé rouge, très slave, très pur, très strict, que j'ai porté à Londres pour être présentée à la reine Elisabeth, lors de la Royal Performance. [...] On s'est connus à ce moment-là. Et j'ai continué à aller chez Saint Laurent. Ce qui, pour ma bourse, était alors quelque chose d'absolument déraisonnable. N'oublions pas que le prêt-à-porter n'est venu qu'en 69-70.
n dépit du temps qui passe, je n'arrive pas à penser à l'homme qu'il est devenu autrement que comme à un garçon, simple, juvénile, perpétuellement émerveillé. D'une gentillesse sans faille. Pas un anniversaire, pas un moment important de ma vie où je ne reçoive des fleurs, un mot charmant d'Yves Saint Laurent.


Je suis ça aussi, ce côté miss Saint Laurent, et j'y tiens parce que ce n'est pas publicitaire ou bidon, c'est une admiration et une amitié pour Saint Laurent qui dure depuis plus de trente ans.
Catherine Deneuve est une des femmes qui m'émeut les plus, d'abord parce qu'elle est la plus grande star de nos jours. Elle représente a l'étranger l'une des actrices les plus brillantes. Elle sait admirablement choisir ses vêtements et les accorder avec sa personnalité. En tant qu'amie, elle est la plus exquise, la plus chaleureuse, la plus douce, la plus protectrice. Je crois que l'on s'aime beaucoup depuis le premier film ou je l'ai habillée. C'etait "Belle de jour" de Luis Buñuel. C'est une remarquable actrice, capable de pudeur, de froideur et de générosité éclatante. Catherine Deneuve a une place toute particulière dans mon cœur.
 Source ici
extrait de Belle de Jour

lundi 9 juillet 2012

Fleurs de Pierre M.

Forêt Vierge au Soleil Couchant

Un nouveau texte d'un de mes contributeurs:

J'ai pensé à Mickey 3D pour l'illustration sonore, ainsi que le Douanier Rousseau pour la touche graphique.

Voleurs
de lilas !


«  Et je ne vous dis pas
Que l’on ne peut pas vivre sans amour :
On peut ;
Et c’est même ce qu’il y a de si dégueulasse !

Romain Gary (Clair de femme)

N’importe où,
N’importe quand,
Comme l’averse du ciel soudaine,
L’amour n’étanche au grand jamais
Notre soif impérieuse…
Fauchés comme blés dorés,
Etrillés, décortiqués,
Saccagés,
Nos cœurs s’en vont en déraison
Sans chars à bancs ni fenaisons !
Mais comment enfourcher un bonheur à tout va
Quand s’engrangent à tour de bras
Et lourdes meules
Ces désamours
Qui font la gueule
Au cours du jour
Sous des fontaines
Petites haines ?
Faiseurs de pluies,
Marchands d’espoir,
D’où nous viendra l’onde grisante
Qui lavera nos meurtrissures ?
Vos girouettes
Sont en nuisettes
Comme greluches
A tous les vents !

Alors s’en vient
Un temps de rien

Avec chiendent
Ou charançons
Et la tendresse,
Blanche
peluche

En son jardin,
Se gargarise
Sans baise main
Ni paillasson
De vocalises
« Fa, mi, sol, la ! »
Puis s’accommode,
Effet de mode,
Cahin-caha,
D’un printemps privé de lilas !

Pierre Mangiavillano
Marseille le 29 septembre 2011 (inédit)

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La balise magique des liens en commentaires


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